Eloge de la paresse (2)

'Sans doute notre siècle est-il le premier, depuis le temps lointain où Adam, étendu auprès d'Eve, goûtais la joie du monde sous l'arbre de la Vie, où l'éloge de la paresse soit de saison.
Pourquoi? Sinon parce que notre siecle se fait gloire d'être celui de la vie intense, et que cette vie intense n'est qu'une vie agitée, et que les plus belles découvertes dont il s'enorgueillit ne sont pas des découvertes de sagesse, mais des découvertes de vitesse.
Et que notre vie n'est proprement humaine que s'il y a en elle de la lenteur. Non qu'elle doive être tout oisive -on peut aussi faire un éloge du travail- mais le travail, l'effort, doit partir d'un repos et aboutir à un repos, et les grandes joies, ne se font et ne se goûtent pas en courant.
Mettre course sur course n'est pas entasser des montagnes, mais entasser des vents.
Quel est le but de la vie et où est le bonheur? "Bah! Faisons toujours quelque chose", dit le bonhomme d'aujourd'hui, "on verra bien après". L'homme bien né d'autrefois, vous le savez, se fût fait honte de travailler; il avait tort, le travail anoblit, quand il est ferme, equilibré, et quand il a pour but de produire une valeur humaine. L'homme bien né d'aujourd'hui a honte de ne rien faire, et il a tort aussi, quand il s'agit de cette forme d'oisivité qui se dérobe à l'inutile et qui permets de retrouver les régions profondes de l'âme.'

(Eloge de la paresse, 1936)

posted at 23:36:01 on 11/08/06 by francis - Category: Literatuur - item printen - item mailen